
Avant, pour être musicien, il fallait des années de solfège et de pratique.
Il n’y avait pas ces petites machines sophistiquées et pas très chères avec lesquelles n’importe qui peut s’amuser comme un fou. Déjà je ne parle pas de l’époque « acoustique », où juste pour jouer du rockabilly; il fallait un pianiste, un contrebassiste, et où les effets sur les guitares électriques étaient si rudimentaires que la moindre fausse note vous sautait aux oreilles. Cette époque est bien révolue, et comme le disait le batteur de ZZ-TOP :
« En concert, il vaut mieux un gros plantos avec un bon son que bien jouer avec un son de merde »
Les groupes de musique « Pop » trimballaient des semi-remorques de matériel, les synthétiseurs étaient gros comme des maisons avec une multitude de câbles comme autant de viscères qui pendaient d’un peu partout, c’était d’un compliqué ! Tout ça était très impressionnant.
Maintenant, avec une petite bricole électronique ou un logiciel à 25 euros, vous sortez du Jean Michel Jarre (au moins les sons) les doigts dans le nez. Et ça en jette ! Tout le monde peut être un artiste !
Surtout dans le Rap où avec 150 euros de matériel et un bon répertoire d’argot des banlieues, vous pouvez déjà envisager la célébrité.
Ceci dit, ce qui est primordial pour être un véritable artiste, c’est d’avoir le physique, la garde-robe adéquate, et le charisme ! Et puisque j’ai tout ça et plus encore, il est incontestable que je suis donc un artiste des plus talentueux.
Rassurez vous, je ne vais pas vous en faire une tartine grande comme ça sur les tenants et les aboutissants qui ont fait que je suis ce que je suis. Comme disait Frank Zappa : « You are what you is ; and that’s all it is ». Et là je suis tenté de citer Charlelie Couture: « A chacun son cancer, à chacun ses ulcères, à chacun ses crises de nerfs ». Tout ça pour en arriver à quoi ? On finit toujours par ne faire que ce qu’on peut avec ce qu’on a. En général, ça se passe à l’endroit où on se trouve.
Bien. J’estime que vous en savez maintenant largement assez sur mon cursus musical.
De Bessie Smith à Franz Ferdinand, des artistes géniaux dans leur genre, j’en ai entendu un stock. Je suis passé par plein d’endroits et j’ai même pris le luxe de suivre quelques impasses jusqu’à l’aboutissement parfait (Ceux qui ne voient pas de quoi je parle n’ont qu’à écouter le fameux «Space Cowboy» de Jonzon Crew). Citer toutes mes influences ça serait mortel.
Pour résumer, disons que mes penchants musicaux sont comme une sorte de bétonnière capable d’engloutir à peu près n’importe quoi de 1910 à aujourd’hui.
On critiquait ACDC : «c’est toujours pareil». Ce à quoi les fans répondaient : «c’est ce qui fait leur force !» (C’était pareil avec «The Ramones») Moi aussi je veux être fort! Je suis un artiste, merde ! Mais d’abord, pour être fort, faudrait avoir de solides convictions. Alors je suis le conseil avisé de Daninos : quand je perds pied dans mes convictions, je vais chez mon coiffeur. Les coiffeurs sont toujours d’accord avec vous. Rien de mieux qu’un tour chez le coiffeur pour consolider ses convictions.
Le merlan chez qui j'allais me faire rafraîchir la couenne, il n’est pas gay. Mais ça je le dis on sait jamais, peut être vous suivez «Plus Belle la Vie» et vous êtes «Homo-Phobe»-«phobe». Moi je m’en fous. Parfois le samedi matin, je disais à mon fils: "Viens on va voir les Entrevue". Voir les Entrevue, ça voulait dire "on va chez le coiffeur"; il avait des «Entrevue» et des «Choc» plein les étagères. Mon fils matait les photos insolites genre le type qui fait mumuse avec des crocodiles ou des araignées, ou celui qui se plante des clous dans les orteils. Moi je matais les nanas de l'île de la tentation qui posent en string et tee-shirt – filet de pêche. J’en revenais avec de solides convictions.
Mais hélas ici bas toute joie n'est qu'un leurre (Dranem). Ma femme a vite trouvé à redire: "tu vois pas que ton fils revient toujours avec des échelles? Il fait n'importe quoi, ton coiffeur!". Et elle m’a interdit d’y retourner. Alors je vais ailleurs, dans l’allée commerciale d'un supermarché. Mon fils n’a plus les échelles. Les coiffeuses sont pas trop mal roulées. Mais point de vue «consolidation des convictions», zéro. Il n'y a que des revues pour nana.
Mais soyons fort! En avant donc!.
C’est très agréable de rencontrer quelqu’un qui aime le même truc hyper-branché que vous. Mais pas longtemps. Cet hard-rocker que je connaissais depuis 5 minutes, il voulait s’arsouiller à la bière avec moi car j’avais un album de Slayer. On doit tous connaître cette situation. «Ah génial ! Tu connais ? – Ouais super ! - C’est mieux que Testament - Testament c’est pour les pucelles – C’est sûr! - Pour les pucelles qui sentent encore la sardine!» Au bout de 2 minutes on a plus rien à dire, c’est chiant comme la mort.
Il y a aussi ceux dont les goûts sont aux antipodes des vôtres. Ces gens là sont aussi extrêmement rassurants. Leur dernier coup de coeur est invariablement aussi sympathique que prévisible. Et quand ils parlent de leurs préférences, ça part toujours d’un bon naturel, Parler avec ces gens là, c'est bien agréable: d'abord, ça ne génère jamais de conflict, et en plus ça permet de savoir un peu ce qui passe sur la FM.
Alors au bilan? Les goûts musicaux sont-ils un critère si important qu’ils devraient dicter notre attitude en société? Non ! Faut pas être sectaire. Au contraire, faut être consensuel : ça dénote une ouverture d’esprit et une grande sagesse.
Mais vous étonnez pas si je dis tout le contraire un jour.
Et puis je m’en fous. Vraiment, ce que je veux dire, c’est que si j’étais une star, évidemment j’aurais une image à gérer, je ferais ma petite chochotte : «Ah non ! Pas de "sodomie" dans le titre de mon nouvel album! Les Pogues l’ont déjà fait!» Ou bien «Quoi ? Une folk dans le refrain ? Mais c’est pour les bouseux !». Alors que là, personne ne me connait! Je peux plagier allègrement qui bon me chante et me vautrer comme un cochon dans les styles les plus galvaudés, rien à secouer ! Vive la liberté !
Tout ça pour dire que ce que vous entendrez ici, vous l'oublierez aussitôt et vous ne le ré-entendrez jamais de votre vie, et ça ne vous encombrera pas le cerveau bien longtemps.
Bien. Voilà enfin terminé un chapitre clair, limpide, et essentiel sur mes rapports avec la musique.
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