Date de première parution: janvier 2011 (version 22 du site).
Le 01 janvier 2012: ajout du chapitre 17, vos commentaires.
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Je vais être franc: les balades à la campagne, ça va un moment, mais faut pas abuser. Je vais vous dire, les arbres les oiseaux, c’est bien gentil, mais ce qui m’intéresse surtout, ce sont les épaves, les ferrailles rouillées, et les ruines. Et si je ne vois que des arbres et des cailloux, sans l’ombre d’un bon vieux pneu ou d’une canette qui rouille dans l’herbe; au bout d’un moment, j’ai l’impression d’être revenu au Moyen Age, et je me demande bien ce que je fous là. Alors je fais demi-tour et je rentre.
Parfois, j’ai bien un kleenex dans la poche, ce qui me permet d’égayer un peu le paysage; histoire d’encourager le prochain promeneur qui s’aventurera jusque là à poursuivre un peu plus loin que moi la balade (je suppose que tout le monde est un peu comme moi). Mais un kleenex, c’est biodégradable. C’est dommage....
Biodégradable... Franchement, l’amour de la nature n’est plus ce qu’il était. L’amour de la nature et le reste non plus d’ailleurs. Il fut un temps, les gens étaient plein de bonne volonté. Vous vous promeniez au hasard le long d’une piste qui s’égarait dans les bois, et invariablement, il y avait un tournant bien conçu avec le petit ravin qui va bien et d’où l’on pouvait bazarder une machine à laver, une vieille épave, ou même quelques bidons faute de mieux... Et ça coûtait pas plus cher! Le gars avec son bulldozer, le tournant qui va bien au dessus du bon petit ravin, il vous le faisait pour rien, et avec bon coeur par dessus le marché! Mais aujourd’hui? Au prix du diésel? Tout ça est hyper-surveillé! Non, je vous le dis, la générosité d’antan, c’est bien fini.
Faut dire aussi qu’en règle générale, les gens étaient beaucoup plus courageux et plus vaillants que de nos jours. Certes, on vit plus longtemps. Mais avez vous remarqué toutes ces allergies printanières qui vous plantent la moitié des gosses devant la Nintendo au chaud à la maison, au lieu d’aller à l’école? Quand j’étais minot, le gamin qui se plaignait du mal au ventre pour pas aller à l’école, il commençait déjà par se prendre une torgnole:
« T’as toujours mal au ventre? Non? Alors file chercher ton cartable tu vas être en retard pour le bus! ».
Aujourd’hui, les gamins croisent les doigts en regardant le ciel car par les temps qui courent, ils ont très bien compris que les écoles vont fermer par arrêté préfectoral au premier flocon de neige.... Et plus on avance, plus on devient douillet. Télécommande pour ci, télécommande pour ça... avant shampooing, shampooing, après shampooing... déodorant sans alcool... Revitalisant avec effet rétenseur au collagène hydro-actif « défatigant »... Quel tralala!
Plus courageux, plus vaillants, et on ne se posait pas tant de questions non plus. On finissait ce qu’on commençait ! On chipotait pas! Tenez, par exemple, j’ai fait ma petite enquête sur ce ravin qui me semblait si prometteur à côté du lac de Vinça: hé bien figurez vous que dans les années 70, des gars y avaient bazardé un camion ! Malheureusement il a été enlevé depuis. Aujourd’hui ça parait incroyable: un camion... Moi, ça me laisse rêveur... Quand je me balade, la plupart du temps je ne vois que des petits morceaux de carcasses découpées, à Tautavel, à Fillols, à Oreilla, à Passa, au Boulou...
Et là je vous demande: vous trouvez que c’est du bon boulot, ça? Franchement? pas moi! On sent bien le gars dévoré de mauvaise conscience qui va vite bazarder un petit morceau de bagnole qu’il aura découpé en cachette dans son jardin... Pff ! Non, je n’appelle pas ça du bon boulot, j’appelle ça du travail de margoulin! Ah il n’y a vraiment pas de quoi être fier ! Des petits rigolos, je vous le dit... Mais bah, au train où vont les choses, ces gens là finiront bien un jour par avoir tout mon respect, parce qu’avec cette hégémonie du « développement durable » tout azimut, on se demande bien jusqu’où ça ira, c’est vraiment la fumisterie du siècle, ça! Sans compter qu’avec ces histoires de « Prime à la casse » et le cours des matières premières, jeter ses épaves dans la nature, ça ne sera bientôt réservé qu’aux snobinards pleins aux as. Voilà pourquoi je ne blamerai pas davantage ces gens qui ne font les choses qu’à moitié.
La fumisterie du siècle. Car à notre époque, se raser le crâne, montrer son cul ou vociférer toutes les insultes à propos de vos parents ou de vos morts, ça ne provoque plus personne. Ce qui provoque, ce qui heurte, ce qui est insupportable, c’est de voir quelqu’un jeter un emballage de gomme à mâcher par terre, ou pire encore, un mégot. ça, c’est inadmissible. Et l’école se charge bien de ramoner les cerveaux de nos chérubins dans ce sens. Alors quand j’ai appris que le collège allait organiser une sortie « Vivre avec la planète », j’ai senti venir le piège à plein naseaux! Et j’avais bien raison de me méfier: imaginez qu’il était question d’aller faire ramasser les détritus au bord d’une rivière par les gosses! Evidemment, ma première impulsion a été d’aller voir le directeur pour ne pas mêler mon fils à cette vaste comédie. Mais je me suis ravisé, eut égard aux réflexions des autres parents d’élève et de ses camarades qui n’auraient pas tardé... Je n’ai rien dit, j’ai laissé faire.... Couardise!
Heureusement, le progrès a aussi ses côtés insidieux auxquels nul n’échappe, et encore moins les gosses. Et mon fils est comme la plupart d’entre eux, un grand amateur de ces fast-food avec leurs hamburgers dégoulinants de sauces transgéniques. Alors de temps en temps, je passe au drive-in, histoire d’aller grignoter à la campagne... Et quand on a fini, je reprends un peu l’éducation de mon rejeton:
« hé, t’as pas vu que ce matin j’ai passé une heure à briquer la bagnole avec l’aspi et tout? Merde tu vas me sortir toutes tes saloperies d’emballages de là dedans!».
« Mais papa... qu’est ce que j’en fais alors? »
« T’as qu’à me les bazarder par là, dans les buissons... Il y aura bien un écolo qui sera content de ramasser tout ça... Et fous moi z’en aussi un peu par là bas... et là bas aussi... C’est bien... Comme ça.. ça les fera travailler un peu, ces feignasses! ».
Date des photos: 26 août 2010.
Me voilà déguisé en "incognito" (c'est à dire que j'ai enlevé le chapeau en peau de serpent et la chemise hawaïene que je porte d'habitude en cette saison). Mon instinct me dit qu'il va y avoir une enquête à résoudre, et je ne dois pas être démasqué. Je progresse lentement à la recherche d'indices, et déjà, voilà que mes investigations s'avèrent fructueuses....
Un peu plus loin, un bout inidentifiable: il manque la cabine!
Date des photos: 20 août 2010.
A mon avis, il y a eu du fait divers dans le coinstot… Attention c’est la jungle ! Peut être je tomberai sur un macchabé ? Tout ça renifle le traquenard à plein naseaux, mais je sors mon calibre à tout hasard… S’il y a un margoulin dans le secteur, j’vais pas gamberger 107 ans, et j’y envoie mon chargeur le burlingue !
Ici une photo grand format pour les membres.
J’ai pas envie de me faire bananer et clamser la gueule ouverte dans les ronces comme un cave. Les écolos, je les entends déjà se poiler comme des baleines :
« Ox-Korp tu sais quoi ? Son extrait de naissance, commak, il l’a avalé ! »
La portière, aucune idée. Mais là dessous c'est un châssis de 2CV, à peu près sûr.
Méfiance toujours ! Une pareille camelote, c’est pas de la daube ! Un sacré bail qu’elle roupille ici, celle là. Faudrait pas que ces salopards mettent leur nez dans le secteur. Va falloir jouer serré, mais tout ça se goupille pas trop mal pour l’instant… Dans le baveux, ils annoncent toujours de nouveaux « plans verts » et d’autre salades du même ragoût. Ces salopards d’écolos s’accrochent comme des morbaks, sûr qu’ils seraient prêts à cracher grisole pour m’alpaguer !
Ici une photo du modèle original.
Ici deux photos grand format pour les membres.
Max le Lyonnais, pour les épaves c’était un crac. Plein les chasses il t’en mettait avec ses tofs. Mais il flambait trop. Il s’est fait refroidir l’année dernière. Les écolos l’avaient retapissé alors qu’il se loquait pour chasser l’épave dans la cambrousse. A loilpé qu’il était quand ils lui ont rectifié le portrait. L’avait que ses fumantes ! Et puis ils l’ont embarqué dans le coffre d’une bagnole électrique pour le seriner peinardos dans un terrain vague. Jamais retrouvé l’macchab.
Les poulagas, ils se sont pas foulés pour le retrouver , Max le Lyonnais. Tu parles, Charles ! Rien à secouer d’un chasseur d’épave ! Ils trempent tous avec les écolos. A mon avis ils doivent palper la carotte.
Voilà que je dégotte une tire découpée en morceaux. Merde ! ça ressemble à la caisse à Max ! Sur le coup, j’ai les miches qui font flic-flac : ça commence à sentir franchement mauvais, cette histoire. Alors là ça carbure à toute berzingue dans le caberlot. Qu’est ce que je fais ? je m’esbigne en loucedé ou je continue mon enquête ? Putain je vais pas chier le vermicelle si près du but ! Et je redouble de méfiance, mon calibre bien en pogne…
Voilà que je découvre de plus en plus de chignoles découpées en morceaux ! Aucun doute : on a cherché à planquer des indices ! Sûr qu’il y a eu du règlement de compte par ici ; à mon avis, pas mal de gars ont dû se faire refroidir dans le coinstot. Les caves ! Merde, quand on traîne dans ce genre d’endroit, l’artillerie, faut toujours l’avoir dans les fouilles…
Mézig, je suis pas le genre à me faire rectifier comme un baltringue sans opposer de résistance. C’est pas le genre de la maison ! Si les écolos radinent leur fraise, je crache toutes mes valdas dans le paquet!
Pute borgne ! C’est exactement le genre de truc qui doit leur faire un 3ème trou ! Une bagnole enterrée avec son moulin et tout le bazar ! S’il faut, le liquide de frein, même pas qu’il a été purgé ! Quelle trouvaille bien sympathique ! Clic clac ! C’est dans la boîte….
Une nouvelle surprise m’attend plus loin : une splendide 2CV tombée dans la ravine et enroulée autour d’un arbre ! Quelle fructueuse journée ! ça méritait l‘expédition, je vous le dit ! Du coup je me demande si je vais pas traîner encore un chouïa… Car j’irais bien au troquet m’en jeter un dans le cornet, j’ai le feu dans le gosier, mais je décide de poursuivre mon enquête malgré tout…
Et ce qui pourrait bien être une Dauphine presque entièrement enterrée...
Et dans les bayous de la Nouvelle Orléans (je me suis téléporté entre temps), voilà que je trouve une autre bagnole totalement recouverte par les roseaux ! Je me trisse fissa car je vois rappliquer les crocodiles.
Max le Lyonnais, je l’aimais bien c’était pas le mauvais cheval. Toujours sur un bon coup, et pas avare de renseignements. Si tu faisais partie de la famille, il te mettait au parfum pour tous les coups juteux avec des épaves pas possibles… Ah il va me manquer, Le Lyonnais !
Max, il n’avait qu’un défaut : il se loquait comme le dernier locquedu ! Jamais vu de fumantes pareilles ! Et ça c’est rien ; ses liquettes, plus tape à l’œil tu meurs ! Fallait oser… bonjour la discrétion !
Ici 3 photos grand format pour les membres.
Pour dégommer sans bavure le margoulin qui vient te chier dans les pompes, mon truc à moi c’est la fumante remplie de sable. C’est propre, c’est net, ça éclabousse pas. T’as pas de raisiné partout sur la baveuse. Pas bon, ça, le raisiné sur la baveuse ! Fissa t’attire tous les soupçons !
Tiens une baraque ! je vais me mettre à l’abri et m’enlever les pompes un moment. J’ai un caillou qui me gène depuis une plombe. Merde j’en profiterai pour m’aérer les arpions, ça commence à refouler sévère la dessous !
Pour du mystère, c’est sûr, là je suis servi ! Une bagnole et une caravane qui m’ont l’air en parfait état, au moins avant que toute la végétation ne recouvre le chemin… D’ailleurs, je me demande bien comment on pourrait les sortir de là ! Tout ça m'a bien l'air d'avoir été abandonné dans la précipitation... Bizarre, bizarre… je serais pas étonné de trouvé un refroidi dans le secteur !
Et voilà que je tombe sur un autre tacot préhistorique ! Quelle antiquité ! Splendide !
Si Max le Lyonnais avait dégotté un truc pareil, il en aurait péroré dans tous les tripots pendant des mois ! Finalement je me serais bien démerdé pour cette enquête : voilà des photos bien confidentielles avec des tas d’épaves qui n’ont pas encore fait le tour d’internet.
Maintenant va falloir rappliquer sans se faire retapisser par les écolos, ces margoulins ils sont partout, et les cognes dans les fouilles, ça va pas être de la tarte… Mais pour ça j’ai prévu une sorte de « plan B ». Un petit détour de derrière les fagots, ça serait vraiment la scoumoune si je croisais un de ces baltringues sur la route !
Je suis content, mais vivement mes pénates! Tiens ce soir, pour fêter cette enquête rondement menée, je mettrai mon bitos en peau de serpent et ma liquette hawaïenne, histoire d'en siroter un en terrasse sur les quais.
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