Le long de l'axe "Betllans, Conat, Ria, Sirach" (part.1)

Date de première parution: août 2010 (version 18 du site).

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1 - Cultivons nous un peu!

Pour ce mois de septembre, la petite balade que je vous propose nous mènera le long d’une vallée du Conflent (celle précisément où coule le fameux « cours du Caillau », et qui n’est jamais à sec), depuis Betllans jusqu’à Sirach, en traversant les villages de Conat et de Ria. Ce qui me permettra de vous faire un joli exposé historique sur ces magnifiques villages et hameaux du Conflent. Ceux qui n’ont pas envie de lire la suite doivent quand même savoir que Ria est, avec Eus, le village typique perché sur la colline le plus photographié de toute la région Languedoc Roussillon depuis la route nationale direction Andorre.

1 – Conat-Betllans (communes rattachées)

Betllans est un tout petit hameau de quelques habitants, si peu nombreux que personne n’a pris la peine de les compter ! Peut être dix ? Vous devinez qu’il n’y a pas de station service ni de bar-tabac. D’ailleurs, hormis ceux qui y habitent, personne ne s’y arrête. Faut dire aussi qu’il n’y a pas grand chose à y visiter et à part ça, je ne trouve rien à dire (que ce soit en bien ou en mal), sur ce petit hameau.

Conat, mentionné pour la première fois vers 1082. L’histoire de ce village semble assez énigmatique, bonne raison pour ne pas en parler, ce qui m’arrange bien car si j’y suis allé, c’est pas pour compulser les archives paroissiales et vérifier les véritables liens de parenté de tel ou tel seigneur du XVème siècle. Si j’y suis allé, c’est pour les épaves.

Ce qui ne m’autorise pas toutefois à taire l’existence d’une intéressante église romane du XIIème siècle dédiée à Saint Jean, et perchée tout en haut d’un pic qui domine le village.

Population : 50 habitants. Dont un est l’heureux possesseur d’une 404 de toute beauté.
Altitude : 520 mètres.

2 – Ria-Sirach, berceau de la Catalogne.

Le regroupement des villages Ria et Sirach dans la même commune date de 1822. Ce qui paraît bien récent, mais la réalité, c’est que Ria existait déjà depuis le Haut Moyen-Âge. Du château d’époque qui se trouvait au sommet de la colline, il n’en reste à peu près rien, quelques morceaux de murs de un mètre de hauteur, et guère plus.

Mais ce qu’il faut en retenir surtout, c’est que c’était la demeure de Guifred el Pelut, personnalité emblématique de la culture catalane. Et pour cette raison, on mentionne souvent Ria comme étant « Le berceau de la Catalogne ».

D’ailleurs, chaque année, il y a une commémoration avec des tas de gens venus en bus de toute la Catalogne (y compris de l’autre côté de la frontière). Moi je n’y suis jamais allé mais je suppose qu’on doit y faire des barbecues et changer des ouvrages confidentiels et plus ou moins anciens qu’on ne trouve pas à la FNAC.

Autre chose à retenir, ce sont les hauts fourneaux dont il reste une cheminée très imposante, vestige d’un passé industriel lorsque le village était à son apogée, et œuvre du grand Jacob Holtzer. A mentionner également, les églises romanes « Saint-Vincent » de Ria et « Saint-Clément » de Sirach qu’on voit sur toutes les cartes postales. Ce ne sont pas des basiliques, mais je signale toutefois qu’à l’intérieur, celle de Ria est très jolie (l’autre, je n’y suis pas entré).

Ah ! Un dernier détail et nous en aurons fini avec ça : il y a à Ria un puits à glace où les courageux déposaient la glace prise sur le Canigou, du temps où pour conserver les aliments, fallait se débrouiller sans frigo ni congélateur. Imaginez : payé 20 sous (l’équivalent d’un repas à la cantine) pour se cogner toute la trotte jusque là haut, s’enquiller un gros paquet de glace dans un sac à dos, et redescendre au village! Aujourd’hui, pour préserver le souvenir de ces vaillants, au cours de la course à pieds qui va de Ria au sommet du Canigou, il y a une section de coureurs qu’on équipe d’un sac à dos lesté de 15 kilos.

Population: 1 190 habitants environ.
Altitude : 400 mètres.

Ici une fontaine de Sirach (à gauche) et une autre de Ria (à droite).

Ici deux photos de Ria depuis la route qui monte à Sirach, et une depuis les hauteurs de Ria.

3 - Guifred el Pelut

Guifred el Pelut est né au château de Ria vers l’an 840, suite aux galipettes du comte d'Urgel-Cerdagne, j’ai nommé : Sunifried. C’est lui qui a « inventé » les couleurs catalanes. Imaginez : il y avait un petit salopard, le comte Salomon, qui n’arrêtait pas de lui courir sur le haricot, à notre bon Guifred. Quand la coupe a été pleine, ce dernier a décidé de lui mettre une bonne correction, et l’a provoqué en duel. Evidemment, il a gagné le combat, mais ce fourbe de Salomon n’a pas accepté son humiliation, et pendant qu’il était à terre, il a porté un terrible coup d'épée tandis que Guifred était tourné, le combat étant officiellement terminé. Et là, Guifred est blessé, son sang coule ! Et dans un éclair de génie, il couvre la plaie d’où le sang coule à flots, prend son bouclier d'or , et trace avec ses doigts ensanglantés les quatre lignes rouges. Le blason sang et or !

Non seulement ce grand homme était un fier combattant, mais c’était aussi un fin stratège politique. Je ne connais pas par quelles magouilles il est parvenu à devenir Comte de Barcelone et de Gérone lors du Concile de Troyes en 87, et Marquis de la Marche d'Espagne un peu plus tard. Pendant ce temps, son frêre, Miro, devenait Comte du Roussillon. Une vaste région sur laquelle la famille régnait.

Très catholique, Guifred fit construire les abbayes « Santa Maria de Ripoll » et « San Joan de la Abadesses », alors qu'en Conflent son frère créait Saint Michel de Cuxa (879). La religion, c’est très bon pour le salut de l’âme, mais la chair a ses faiblesses, et lorsqu’il vit la belle Gunégilde de Flandres, il lui dit :

« Chère oh très chère ! Soyez ma tigresse, et je serais votre lion ! ».

Les seigneurs de cette époque, ils n’avaient pas la réputation d’être des mous, ils étaient même (à ce qu’il paraît) des as du coup d’épée. Et Gunégilde accepta, bien évidemment. Comme à ma connaissance, il n’est nulle part mention qu’elle s’en soit plainte, j’en déduis qu’elle a trouvé le coup d’épée à son goût.

Hélas, celui qui vit par le fer finit toujours par périr par le fer. Et après plein de victoires sur les musulmans et les sarrasins, Guifred fit le combat de trop et perdit la vie en combattant contre le seigneur Llop ibn Muhammad en l’an 897. Peut être il aurait du s’arrêter avant et s’occuper de son potager, car 57 ans, c’était un âge vénérable pour l’époque. Mais bon, il a voulu aller jusqu’au bout de ses rêves et nul ne peut le blâmer pour ça.

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4 – Jacob Holtzer

1859 : Création de la Société des Hauts-Fourneaux de Ria par Jacob Holtzer

L’histoire du fer a profondément marqué les paysages, et donné lieu à de multiples chansons. D’ailleurs à ce qu’il paraît, la véritable chanson du roi Dagobert était :

« Le bon roi Dagobert avait un fils, Ocului ;
Quand Dagobert forgeait, son fils Ocului , soufflait ».

Jacob Holtzer, son destin est encore une fois une histoire de famille. Son père était forgeur de lames de sabres et de baïonnettes en Allemagne, et le faisait déjà travailler alors qu’il n’était q’u’un gamin haut comme trois pommes.

Orphelin à 13 ans, il a bien fallu se démerder, et il part avec ses sabots et son balluchon accroché à un bâton. Mais doué dans son domaine (forgeron), il se fait embaucher à la célèbre Manufacture d'armes de guerre de Saint-Étienne. Jacob, c’est un teigneux, un dur à cuire. Et il ne va pas mijoter longtemps dans cette entreprise avec son ambition débordante et ses dents longues comme ça. Et avec son frère, à l’âge de 23 ans, il a déjà monté deux entreprises, dans la vallée du Cotatay et à Unieux (dans la Loire, 42), entreprises qui deviendront rapidement majeures pour l’économie locale.

Moderne et précurseur, c'est un homme de son temps, tourné vers l'avenir, et ses usines sont au faîte de l’industrialisation avec les fours à coke, les machines à vapeur et la production de l’acier puddlé. Acier puddlé : procédé d'affinage de la fonte tout nouveau à l’époque, et consistant à brasser la fonte dans un four pour la décarburer, on obtient alors le fer puddlé, plus souple et moins cassant que de la fonte.

Je vous ferai grâce de son mariage, sa descendance, et de toutes ses aventures industrielles qui lui ont valu le titre de « Maître des Forges », « bienfaiteur d’Unieux », et j’en passe. Pour résumer, c’est un Self-Made-Man qui savait ce qu’il voulait et qui ne s’en laissait pas compter par les petits rigolos, peigne-cul et autres comteurs de fadaises.

Pour ce qui concerne Ria, il a contribué à la fondation de la Société des hauts fourneaux en 1859, qui produisit des fontes au bois de bien meilleure qualité que les autres. Et en 1862, les Holtzer prennent le contrôle de l’entreprise qui deviendra J. Holtzer, Dorian & Cie en 1873.

Ria, en ce temps là, c’était déjà un petit bout de Paradis. Et à l’aube de la vieillesse, en 1860, ce vénérable Self-Made-Man qui n’avait connu que le travail et le surmenage a voulu se retirer des affaires et couler paisiblement le reste de ses jours vers chez nous. Hélas pour lui, il n’eut pas le temps d’en profiter et il s’éteint aux premiers jours de 1862.

5 - Le canal de Bohère et l'aqueduc

Photos du 15/01/2010.

Ah ! Avant de vous lâcher les photos, un peu de culture. Car la culture, ça n’a jamais tué personne, alors allons-y sans crainte de la migraine.

Ce canal là, imaginez que ça a été tout un poème pour le construire : on n’a même écrit un bouquin là dessus, avec un titre des plus aguicheurs : « la vie mouvementée du canal de Bohère » (par Félix Mercader, un grand homme qui a son boulevard à Perpignan).

Pour n'en dire que l’essentiel, sachez seulement que les travaux ont débuté en 1863 et se sont étirés jusqu’en 1950 environ, après moultes péripéties politico-financières, le projet s’avérant au final être un vrai gouffre financier. Mais ça valait le coup, car grâce lui, c'est tout un bataillon d'agriculteurs qui peuvent exploiter leurs terres dans le coinstot. Ce ruisseau est capté sur la Têt, vers Serdinya, et dessert un joli paquet de communes sur un parcours de 42 kilomètres. C’est pas le Canal du Midi, d’accord ; mais il a ses petits ouvrages sympathiques comme le magnifique aqueduc de Sirach, ci dessous présenté.

2 - La Société des Hauts Fourneaux

En complément du joli petit exposé ci dessus que les gros fainéants n'auront même pas pris de survoler (honte à eux!), j'ai une petite histoire personnelle à signaler. Je me souviens que mon grand père me racontait que gamin, vers 1905, il allait avec ses copains récupérer les bouts de charbons qui tombaient dans la rivière (la Têt) depuis la forge de Ria. Morceaux qu’il revendait ensuite aux charbonniers publics.

A signaler également, à l’entrée de l'usine, dans les années 70, il y avait un mécano collectionneur qui retapait de très anciennes bagnoles, dont une est devenue célèbre : c’est la Juva 4 qu’on voyait dans la publicité de la télé pour Banania, le réveil du matin.

Aujourd’hui, plein de bâtiments ont été détruits, et les locaux restants ont été rachetés par une entreprise de maçonnerie, pour devenir des entrepôts (pas très photogéniques).

Enfin et pour finir, je citerai le projet de restauration des charbonnières de l’autre côté de la route nationale, et je souhaite qu’elles retrouveront un peu de leur charme d’antan, car actuellement elles sont totalement inaccessibles et à mon avis, la valeur de ce patrimoine industriel a été négligé, on en a fait n’importe quoi.

Il y a bien 25 ans, il y avait plein d’autres bâtiments ici. Et l’endroit où vous voyez ces gros tuyaux était occupé par un mécanicien collectionneur qui retapait de très vielles voitures. Je ne m’en souviens pas plus que ça, vu que je n’ai discuté avec lui qu’une fois et que ça fait un bail. Mais je me souviens une des voitures qu’il a retapé, qui est devenue célèbre, et peut être même vous l’avez tous vue : la Juva 4 jaune qui remontait un chemin de campagne au petit matin, dans une publicité qui passait à la télé, pour l’ «ami Ricoré, l’ami du petit déjeuner ». Cette Juva 4, c’était à lui !

3 - Les épaves (partie 1)

3-1 Le fourgon qui venait de Belgique

Mercédes. Abandonné depuis plus de 10 ans, avec une cabane à côté. Dans la cabane, j'ai trouvé un briquet publicitaire "Camel" (avec le chameau), qui hélas ne fonctionnait pas.

Tout ça a l’air d’avoir été abandonné dans la précipitation, vous ne trouvez pas ? A mon avis, il y a du avoir du « fait divers » dans le coinstot. Un meurtre ? Mmh… pourquoi pas ?

Ici, 4 photos pour les membres.

3-2 La Quatre-Chevaux

Photos du 26/12/2009.

Celle là, ça fait un moment qu’elle est là: mon grand père (qui est mort il y a plus de 25 ans) m’en parlait déjà comme d’un accident terrible qui était arrivé il y avait déjà un bon paquet d’années. Tout ça doit remonter aux années 50. Tous morts…. de vieillesse ! On se demande comment, quand on voit la distance parcourue ! Ce qui est étonnant, c’est le toit, à peine abîmé malgré tous les tonneaux qu’elle a du faire. A croire que la "4 chevaux" avait été étudiée spécialement pour ça… déjà qu’elle avait la réputation d’être une savonnette...

Pour la première photo en haut à gauche, j'ai les arpions dans le bouillon, avec la vase qui me chatouille en remontant entre les salsifis. Avec les fumantes et les grôles qui reposent sur le tronc, à droite de la photo.

Les fumantes et les grôles, on ne les voit pas, évidemment, car je vous les ai épargnées! Mais c'est ma fibre de bon journaliste. Le respect du lecteur, en quelque sorte. Et je l'estime en droit d'être totalement informé de ces détails techniques qui ont leur importance, quoi qu'on en dise.

Ici, quatre photos du 06/06/2009.

3-3 La Juva Quatre, la 2 chevaux, et l'Estafette

Photos du 01/02/2010. C’est pas tous les jours que je fais un pareil doublé, j’en ai profité pour prendre les photos au format américain (c’est plus « classe »).

Et l'Estafette? Ben rien d'exceptionnel, mais c'est pour les membres uniquement. Depuis le temps, vous devriez savoir combien j'aime faire de la discrimination...

Ici, quelques photos nocturnes pour les membres (20/02/2010).

3-4 Le vieux HY "vitrine" et le bout inidentifiable

Venu de Toulouse pour se perdre ici… J’ai fait ma petite enquête à son sujet. Le gars a du venir pour faire les marchés, il a du allumer un peu les gars du coin au motif qu’au rugby, les toulousains sont dix fois meilleurs que les catalans, et forcément ça les a bien chauffés. Alors les gars du coin, ils en ont eu marre d'entendre fanfaronner ce petit rigolo. Ils se sont jetés à 10 dessus, ils ont bazardé le corps dans la Têt et planqué le fourgon dans ce coin perdu.

Enfin, ça, c’est la théorie que j'avance avec les indices que j'ai recueillis, mais est-ce bien ce qu’il s’est passé? Mmmh…

Celle là est drôlement bien planquée, et faut prendre quelques risques pour la photographier: là je m'appuie contre un arbre qui surplombe la rivière, quelques 14 mètres en dessous, et dont la moitié des racines pendent déjà dans le vide...

Ah un dernier détail: en agrandissant, la photo "grand format" de ma petite banque de fonds d'écran personnels.

Faut dire que minot, il y en avait d'autres, des épaves au bord de la rivière. Et au début des années 70, je me souviens d’une grosse blanche suspendue dans les branches, au dessus du bouillon. Mais la rivière grignote pas mal les berges et elle a du se faire engloutir la dedans depuis un bon paquet d’années.

3-5 Le garage de Ria

Photos du 16/10/2009.

Bon, il y a aussi un Range Rover et une Dyane mais comme je le trouve très vilains, je ne vous les ai pas mis. Pas de quoi en faire un plat, ces épaves n’ont rien de « confidentiel ». Elles sont juste à côté de l’ancien garage à l’entrée de Ria (en venant d’Olette), à 10 mètres de la RN où il passe au moins 25000 voitures par jour !

Ici, quatre photos du 18/07/2007 pour les membres.

3-5 Une Aronde

3-6 Quelques bricoles qu'on ne reverra pas dans les archives

Photos de quelques bricoles du 02/10/2009 et du 15/01/2010 pour les membres.

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