Vestiges de la mine d'Escaro (1/2)

Date de première parution: décembre 2009 (version 09 du site).

Sommaire

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1 - « Alors, El Biqueto ! Tu vas prendre des photos ? »

Ma femme est vraiment une rebelle. Et j’ai toujours autant de fil à retordre avec elle qu’au premier jour où je l’ai rencontrée. Malgré toutes ces années de vie commune et tous les efforts que j’ai entrepris pour lui faire comprendre les choses les plus élémentaires, elle est restée fidèle à elle même, réfractaire à toutes les notions de base que j'essaie de lui inculquer. Toujours à accorder la plus haute importance à des futilités…ça, ça va encore, je m'en fous! Mais qu’elle continue encore et toujours à minimiser la haute teneur culturelle de mes centres d’intérêt, ça,…ça m’énerve!

« Alors, El Biqueto ! Tu vas prendre des photos ? »

« El Biqueto »…elle a trouvé ce sobriquet dans un dessin animé de Tom et Jerry. Tom y est déguisé en torero du même nom, et il s’évertue tout au long de l’épisode à poursuivre Jerry avec une cape et des banderillas. « El Biqueto »…Pfff ! Moi je laisse tomber. Elle ne peut pas comprendre, et elle ne comprendra d'ailleurs jamais. Car moi, je suis le fils du Vent et de la Liberté, sauvage et indomptable! Ox-Korp, l’insaisissable mercenaire des ruines et des carcasses! Merde, c'est pourtant simple, non?

Les nanas, vraiment…Voilà où ça me mène! J’accomplis des missions d’une importance capitale. Pour sa propre sécurité je m’évertue à la tenir à l’écart des périls insensés que j’affronte avec force déguisements et moultes manœuvres pour préserver mon anonymat...Je brave les ravins, les montagnes, les ruisseaux, bref, tous les éléments... et elle…elle se moque! Soit, femme! Si tu es gaie, ris donc! Continue donc de rêvasser avec ton traîne-misère de De Niro et cet hurluberlu de Gérard Darmond, franchement moi tes héros ils me font pitié! Non vraiment, je suis trop bon, j’ai trop de patience je vous le dis…. « El Biqueto » !…C’est pathétique.

Longue est la route qui mène à Escaro. Et j’ai pu méditer à loisir sur toute l'absurdité des rapports humains en général, et de la vie de couple en particulier. Mais une fois arrivé sur place, j’ai vite balayé tout ça. L’esprit clair, l’œil aux aguets. A 100% opérationnel. C’est la règle numéro 1 pour réussir une bonne mission. Attention! Me voilà dans la place… Je me gare…discrétion, discrétion…je vais questionner ces deux charmantes petites vieilles qui se promènent…

Je ne suis pas allé à Escaro par hasard. D’abord, j’avais repéré quelque chose de bizarre là bas, dans les arbres (avec Google Earth). Et puis, ayant fait part de mes penchants pour la ferraille avec un autochtone très bien infiltré et que je connais personnellement (mon père lui a acheté une tondeuse à gazon); j’ai eu la confirmation qu’il y avait là bas « pas mal de ferraille »… Je vous révélerai un jour d’autres informations que cet agent secret m’a confié à propos de tout autre chose (notamment quelques épaves au dessus d’Evols). Coup de bol, les 2 petites vieilles connaissent mon autochtonne! Les voilà en confiance, je vais pouvoir en tirer de bons tuyaux pour aller jusqu’à la mine…tout en douceur…

2 - Un peu d’histoire: le minerai de fer

L’histoire politique-religieuse d’Escaro, c’est un micmac abominable de passation de pouvoir avec plus ou moins de violence entre seigneurs, rois, et monastères trans-frontaliers. Je vous en fait grâce. Mais pour ce qui est des mines (le sujet des photos proprement dit), vous n’y couperez pas.

Escaro et Aytua : un haut lieu de l'extraction minière locale, pour le fer du Canigou, mais aussi du spath fluor, que l’on traitait dans une usine au dessous d’Olette (précisément, à la « Bastide d’Olette » l’usine COMIFLUOR dont je vous présenterai les derniers murs dans une version à venir).

Le fer du Canigou, ça ne date pas d’hier : on a retrouvé par ici des outils et des pièces de monnaies datant de 150 ans avant JC. Deux millénaires d’activité minière, ça laisse des traces, surtout à partir de l’industrialisation du XIX siècle. Le minerai de fer, c’est ce qui a fait prospérer les villages d’Aytua, (mine en activité de 1843 à 1962), d’Escaro-Sud (mine en activité de 1875 à 1954), et d’Escaro-Nord (mine en activité de 1883 à 1963).

A l’époque, la vie n’était pas une partie de rigolade pour tout le monde. Si vous n’étiez pas bien nantis, dès que vous aviez 15 balais, hop, au turbin!

« T’as ton casque ? T’as ta lampe à carbure ? Alors vas-y fiston! Va t ‘amuser au fond de la mine, va jouer avec les petits wagons».

Les petits morveux n’avaient pas le temps de casser les pieds à leurs parents avec leurs jouets électroniques qui se détraquent tout le temps. Sept tonnes de minerai à extraire chaque mois, c’était le minimum pour recevoir le SMIC de l’époque. Puis pas question de feignasser au lit : à 8h tapante, les gars démarraient le boulot, sans pause déjeuner, jusqu’à 15h45. (7h45 sans interruption !). Et comme c’était pas des fainéants, une fois la journée à la mine finie, ils allaient bosser dans les champs jusqu’à la nuit tombée. Voilà ce que j’appelle de bons éléments.

Evidemment, pour les petites natures, travailler à ce rythme et dans ces conditions, ça usait vite. On attrapait facilement la silicose ou l’arthrose, puis crac, quand la faucheuse passait par là, on résistait pas longtemps…

Alors bien sûr, en 1900 comme aujourd’hui, il y avait plein d’immigrés qui venaient tâter la vie à la mine, tellement les conditions de vie dans leur pays d’origine étaient encore plus dures. Des italiens, des espagnols, des yougoslaves, des polonais … Les polonais, ce sont ceux qui bossaient le plus dur. Et c’est des mineurs polonais d’Escaro qu’est venue l’expression désormais populaire « En chier comme un polonais » (Je ne sais pas si cette expression est très usitée, mais en tout cas, moi, je l’emploie volontiers, elle veut bien dire ce qu'elle veut dire).

Le minerai qu’on extrayait, il fallait l’amener jusque dans le haut-fourneau de Ria (dont il ne reste pas grand chose, à part une énorme cheminée. Celle là aussi je vous la montrerai un jour. D’ailleurs je ferai un «spécial Ria» car j’y ai trouvé quelques épaves intéressantes là-bas). Le transport se faisait par wagonnets sur câbles aériens dont je vais vous montrer 2 rescapés, et la «rampe de lancement» tout à l’heure.

Alors toutes ces galeries souterraines ont apporté leur lot de désagréments et de péripéties, comme l’effondrement de l’église romane St Martin et autres maisons devenues insalubres. Et comme toute chose a une fin, peu à peu, le minerai se raréfia et les mines fermèrent.

3 - Encore un peu d’histoire: le spath-fluor

Le site connut un sursaut d’activité avec l’exploitation du spath-fluor. Le spath-fluor, c’est le «fluorure de calcium» qu’on utilise comme fondant pour la fabrication d'acier, de la fibre de verre ; et surtout pour la production d'acide fluorhydrique. Allez voir chez WIKIPEDIA, des utilisations du spath-fluor, il y en a toute une tartine. Mines à ciel ouvert, par lesquelles commence la promenade d’aujourd’hui. Exploitation également destructrice, comme l’atteste une plaque commémorative que vous verrez également tout à l’heure.

Hélas, l’aventure du spath-fluor se termine comme celle du minerai de fer : les mines ont fermé en 1991, et l'usine COMIFLUOR de la Bastide d’Olette, en 1993.

Escaro, un village sur le déclin. Imaginez qu’encore en 1954, on y trouvait une épicerie, une boulangerie, une boucherie, un café, 2 classes scolaires archi-pleines, et même un cinéma! Ben aujourd’hui, il ne compte plus que quelques 84 habitants (5 fois moins qu’en 1960).

4 - Publicité absolument gratuite et sans bénéfice pour ma part

Enfin, toujours est-il qu’il y a aujourd’hui un très beau musée pas prétentieux pour deux sous, et qui ne va pas vous ruiner (2 euros !). Si vous souhaitez faire un détour culturel et visiter les différentes mines et les musées sur le sujet (à Valmanya, il y en a un autre de très chouette et le gars est très sympa), n’oubliez pas de passer par Escaro. Et si vous le faites en randonnée, vous en reviendrez avec des poumons tous neufs.

Terminons cette présentation hautement culturelle avec le blason de la commune, qui reprend trois symboles forts :

« El Biqueto»!…Ah elle est bien bonne celle là! Je sens qu’il est en train de me pousser une bonne grosse fessée sous le bras, je vous dis pas…. Quand elle sera bien mûre et qu'elle tombera, cette fessée, c’est ma femme qui va comprendre de quel bois je me chauffe! Merde! Après un exposé pareil, sans déconner, si ma femme ramène sa fraise au sujet de mes missions secrètes, je lui ruine le dargif quelque chose de mignon, je vous dis pas!

5 - Les photos

Date des photos: 11 octobre 2009. Derrière ce très beau bouton:

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